À retenir Armel Le Cléac’h sain et sauf. Après le chavirage de Maxi Banque Populaire XI, mercredi, le skipper a été récupéré en milieu d’après-midi par un cargo panaméen.
Deux dépressions, des flottes à contretemps. Les IMOCA et Ocean Fifty affrontent déjà les effets du système des Açores, qui devrait frapper plus durement les Class40 vendredi. Devant, les Ultim devront négocier une autre perturbation, orageuse, à l’approche des Antilles.
La prudence s’invite dans les stratégies. Entre variations brutales du vent, trajectoires incertaines et mer difficile, les leaders doivent doser leurs efforts. Les écarts peuvent fondre en quelques heures et le chemin le plus rapide sur les routages n’est pas toujours le plus raisonnable sur l’eau.
© Adrien CordierLes alizés ? Portés disparus. Le short ? Toujours au fond du sac. Quatre jours après le départ de Saint-Malo, la Route du Rhum – Destination Guadeloupe a pris des allures de casse-tête météorologique. Entre deux dépressions, des grains imprévisibles et des trajectoires à réinventer, les six flottes avancent chacune à leur rythme, mais rarement comme prévu. Même les vieux loups de mer ont de quoi perdre leur latin.
Vite, mais pas trop !
Une excellente nouvelle, d’abord. Armel Le Cléac’h, dont le chavirage de Maxi Banque Populaire XI avait suscité une vive inquiétude mercredi, a été récupéré sain et sauf hier, en milieu d’après-midi, par un cargo panaméen. Un immense soulagement dans une édition qui ne ménage décidément pas les marins.
En tête chez les Ultim, Tom Laperche (SVR-Lazartigue) dispose toujours d’une confortable avance. Et d’un problème assez singulier : savoir jusqu’où il peut se permettre de ralentir. Après quelques heures de navigation rapide dans des conditions relativement favorables, le leader devrait rencontrer dès ce jeudi soir les premiers effets d’une dépression orageuse située au nord-est des Grandes Antilles.
Demain, il lui faudra se glisser au sud du système avant de remonter au près vers la Guadeloupe, dans une mer forte et désordonnée. Une séquence où les meilleurs calculs ne suffiront pas. « Je n’ai jamais traversé ce genre de dépression. Il va falloir trouver le bon compromis entre la trajectoire théoriquement optimale et ce qui est réellement faisable sur l’eau. Le bateau a envie d’aller vite, il faut le laisser glisser, mais pas trop non plus ! »
© s Mathieu ClaveauUne question de dosage, jusque dans le choix des voiles. « Il faut surtout éviter de se retrouver surtoilé. Parfois, on manque un peu de toile et c’est frustrant, mais quand on a de la marge, c’est plus facile à accepter. »
La fatigue compte aussi dans les arbitrages. Et si l’arrivée se rapproche, le décor n’a toujours rien de tropical. « À deux jours de l’arrivée, je suis encore en doudoune, pantalon de ciré et bottes ! » On lui avait promis les Caraïbes, il a hérité de la météo de mer d’Irlande.
Quand l’atlantique appuie sur l’accélérateur
Plus à l’est, la dépression des Açores a déjà commencé à secouer les premiers IMOCA et Ocean Fifty.
Corentin Horeau en a eu une démonstration particulièrement expéditive aux environs de 4h30 ce matin. « Je viens de prendre un orage un peu violent ! Je suis passé de 8 à 40 nœuds en quinze secondes. Je ne m’y attendais absolument pas. J’ai dû partir en fuite pour rouler ma voile d’avant. Heureusement, je n’ai rien cassé. ».
Le skipper de MACSF a également dû composer avec des zones de petit temps, pendant que Boris Herrmann (Malizia 4), mieux servi, refaisait une partie de son retard.
Hier, le Trinitain avait compté jusqu’à 230 milles d’avance. Il en conserve tout de même 145. Pas vraiment de quoi crier au péril, même si, lorsqu’on a pris goût aux grandes échappées, on devient vite gourmand !
Reste que les prochaines heures réclameront une autre forme de vigilance. Avec le renforcement annoncé, il faudra tenir la cadence sans se laisser entraîner par la puissance de ces monocoques. « Le problème avec ces bateaux, c’est que même quand on veut ralentir, on n’y arrive pas toujours ! »
Basile Bourgnon (Edenred), lui, n’avait pas besoin de jeter un œil à l’anémomètre pour mesurer la violence des conditions. Pendant la vacation, les coups de boutoir encaissés par son trimaran s’invitaient dans la conversation. « Je ne suis pas loin d’avoir le minimum de toile possible. Ça envoie du steak ! Il y a 30 nœuds moyens derrière le front et dans ce type de conditions, en Ocean Fifty, on ne fait pas les malins. Le but n’est pas d’aller vite, mais de sortir de là sans casser le matériel. »
Et le plus pénible ne venait pas forcément du ciel. « Maintenant, il faut composer avec la mer résiduelle laissée par le front. Elle arrive de travers, c’est horrible. J’ai hâte de quitter cet endroit ! »
La journée de demain pourrait offrir aux premiers de ces deux flottes une accalmie entre les systèmes. Une pause dans les hostilités, pas encore un traité de paix : une nouvelle dégradation reste possible à l’approche de l’arc antillais ce week-end.
La théorie, c’est bien. Pouvoir la suivre c’est mieux.
À terre, même avec les deux pieds au sec et un café à portée de main, les routeurs ont eux aussi de quoi s’arracher les cheveux.
Philippe Legros, qui accompagne Léonard Legrand (Sodebo Fifty), résume le casse-tête. « Nous allons chercher des routes qui ne seront pas forcément optimales, mais qui restent réalisables. C’est une Route du Rhum sans alizés, donc particulièrement complexe. »
Chez les Class40, Guillaume Pirouelle (Sogestran – Seafrigo) profite ce jeudi d’une mer presque aimable. Après une transition sans vent, le Normand a vu ses poursuivants bénéficier de conditions plus favorables. « J’avais pris un peu d’avance, puis les écarts se sont fortement resserrés. Ce n’est jamais très agréable, mais c’était prévu. »
Pour l’heure, il savoure des plaisirs devenus presque luxueux. « C’est agréable de pouvoir se déplacer sans se tenir à chaque pas, de mieux manger et de dormir plus profondément. Mais ça va changer rapidement. »
Et pour cause. Vendredi, ce sera au tour des Class40 d’affronter cette fameuse dépression au nord-ouest des Açores. Vents soutenus, rotations brutales, mer de plus en plus formée : le programme s’annonce copieux.
Selon leur position et l’option retenue, tous ne recevront pas la même portion. « Près du centre, il faudra rester aux aguets. Ensuite, on risque d’avoir un jour et demi, voire deux jours de conditions difficiles. »
Les tropiques attendront
Pour les concurrents des catégories Rhum Mono et Vintage Multi, l’équation est encore différente.
Plus dispersés sur l’Atlantique, ils devront composer avec des systèmes qui évolueront au fil de leur progression. Impossible, dans ces conditions, de leur appliquer une stratégie commune : chaque position ouvre ses possibilités, mais impose aussi ses contraintes.
Et puis il y a cette curiosité : quatre jours après avoir quitté Saint-Malo, Mathieu Claveau (Inherent – Phare 40) et Stéphane Bodin (Wasabiii) naviguent toujours à la latitude de la cité corsaire. Les deux Class40 ont pourtant avalé des milles et multiplié les manœuvres, sans guère gagner vers le sud.
Difficile de trouver meilleure illustration d’une transat privée de ses habituels alizés. Et à voir ce qui se prépare sur les cartes, cette Route du Rhum – Destination Guadeloupe n’a manifestement pas épuisé son répertoire.
© Guillaume PIROUELLELe point classement, mercredi 04 novembre matin
ULTIM : Tom Laperche (SVR-Lazartigue) mène devant Louis Burton (Armand Thiery) et Thomas Coville (Sodebo Ultim 3).
IMOCA : Corentin Horeau (MACSF) conserve la tête devant Boris Herrmann (Malizia 4) et Francesca Clapcich (11TH HOUR RACING).
OCEAN FIFTY : Basile Bourgnon (Edenred) aux commandes devant Léonard Legrand (Sodebo Fifty) et Pierre Quiroga (WeWise)
CLASS40 : Guillaume Pirouelle (Sogestran Seafrigo) devant Robin Follin (Solano) et Pierre Leboucher (Institut Imagine).
VINTAGE MONO : En tête Tanguy Caradec (Eurvad), devant Patrick Isoard (Groupe Cogedis pour enfants du Mékong), 2ème. Kieran Le Borgne (Armor Lux – Le Finistère Assurance), 3ème
VINTAGE MULTI : Damien Seguin (Arkéa – Handicap International) passe devant Éric Péron (French Touch Oceania Hotels). Gilles Lamiré, 3ème sur Groupe GCA.
OC SPORT Pen Duick
OC Sport Pen Duick est la filiale française du groupe OC Sport en charge des événements de course au large. Créé pour gérer les campagnes sportives d’Eric Tabarly, d’une part, et Dame Ellen MacArthur de l’autre, figures emblématiques du sport international, le groupe perpétue fidèlement l’esprit et les valeurs qui animaient ces pionniers fondateurs : vivre et partager des expériences uniques avec le public, les sportifs et les partenaires. Historiquement engagé dans la course au large, le groupe a développé une expertise unique dans la voile professionnelle en s’appuyant sur un double savoir-faire dans la gestion d’équipes et l’organisation des courses les plus prestigieuses (Route du Rhum – Destination Guadeloupe, The Transat CIC, La Solitaire du Figaro Paprec, la Transat Paprec, L’Arkea Ultim Challenge – Brest…).
OC Sport est une société du Groupe Advenn.
Article rédigé à partir d’un communiqué de presse
Par Richard Kancel, scénariste, photographe et vidéaste.
