Route du Rhum – Destination Guadeloupe : à chacun sa peine, à chacun son tempo.

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À retenir Ambrogio Beccaria contraint à l’abandon : victime d’une lourde chute dans son cockpit hier soir alors qu’il occupait la cinquième place chez les monocoques de 60 pieds, le skipper d’Allagrande Mapei souffre de fortes douleurs au dos. Il fait route vers les Açores, où un suivi médical sera organisé à son arrivée.

Ultim : Tom Laperche (SVR-Lazartigue) possède plus de 540 milles d’avance à moins de 630 milles de la Guadeloupe. Reste à se dépêtrer d’une dépression tropicale et à négocier une arrivée sans alizés.

Ocean Fifty et IMOCA : Basile Bourgnon (Edenred) et Corentin Horeau (MACSF) creusent les écarts, avec respectivement plus de 115 et 245 milles d’avance. Sam Goodchild (MACIF Santé Prévoyance) remonte à la troisième place.

Route du Rhum - Destination Guadeloupe : à chacun sa peine, à chacun son tempo.© Boris Herrmann

Class40 et autres catégories : autour des Açores, la mer continue de secouer les organismes et les machines. Et la journée de demain, samedi, pourrait bien remettre une pièce dans le distributeur de mauvais temps.

Il y a ceux qui voudraient plus de vent, ceux qui en ont largement assez et ceux qui aimeraient simplement que la mer leur fiche la paix. Cinq jours après le départ de Saint-Malo, l’Atlantique propose un menu dont personne n’a choisi les plats. Dépression tropicale près des Antilles, grosse marmite météorologique autour des Açores, alizés qui brillent par leur absence : les six catégories de la Route du Rhum – Destination Guadeloupe évoluent dans des mondes bien différents. Et personne n’est au bout de ses surprises.

Aux avant-postes, le luxe de pouvoir ralentir

Avec moins de 630 milles à parcourir et plus de 540 milles d’avance sur Thomas Coville (Sodebo Ultim 3) et Louis Burton (Armand Thiery), Tom Laperche (SVR-Lazartigue) pourrait presque commencer à choisir son premier repas sur la carte des restaurants de Pointe-à-Pitre.

Route du Rhum - Destination Guadeloupe : à chacun sa peine, à chacun son tempo.© Francesca Clapcich

Sauf que l’Atlantique lui sert d’abord une spécialité maison : une dépression tropicale, garnie de gros nuages, de molles et de rafales imprévisibles. « On est en plein dedans. On attend que le vent tourne pour retrouver du sud-ouest jusqu’aux Antilles. Je suis un peu tendu parce que je n’ai pas envie de laisser trop de plumes dans cette transition. »

Route du Rhum - Destination Guadeloupe : à chacun sa peine, à chacun son tempo.© Mathieu Claveau

Et comme si le scénario n’était pas assez original, l’arrivée devrait se disputer au près, à coups de virements de bord, dans une région où les alizés sont normalement rois. « C’est hyper rare qu’il n’y en ait pas du tout dans cette zone. On ne sera pas en ligne droite. Ça me rappelle Franck Cammas, qui avait dû tirer des bords pour rejoindre la Guadeloupe en 2010, lorsqu’il avait gagné avec Groupama 3 !»

Son avance lui offre une marge considérable, pas un permis de faire n’importe quoi. « On pourrait aller deux fois moins vite que les autres et arriver en même temps. Mais ce n’est pas le but ! Il faut bien faire avec ce qu’on a, sans prendre de risques. »

La fatigue, elle, ne se laisse pas impressionner par les chiffres. « On a fait quelques jours bien intenses et ça laisse des traces. J’essaie de faire des siestes dès que je peux, pour rester lucide en permanence. »

Chez les Ocean Fifty, Basile Bourgnon (Edenred) découvre, lui, les joies d’une navigation presque civilisée. « C’est quasi la première fois de cette traversée qu’on peut vraiment dormir sur nos deux oreilles ! »

Une petite revanche pour celui dont les mains portent les stigmates des manœuvres à répétition. « J’ai des ampoules à force de lover les écoutes. On manœuvre énormément, ça fatigue et il faut compenser. » Ses efforts ont payé : plus de 115 milles d’avance. « Je savais que les conditions allaient favoriser ceux de devant, alors j’ai envoyé du charbon au moment opportun. »

Route du Rhum - Destination Guadeloupe : à chacun sa peine, à chacun son tempo.© s Francesca Clapcich

Mais le prochain coup de vent, attendu demain, réclamera un autre registre. « Pendant un temps, tout le monde va davantage devoir gérer son bateau que la régate. L’important, ce sera d’être lucide et de ne pas faire de bêtises. » Autrement dit, il faudra une nouvelle fois troquer le costume du sprinteur contre celui du marin prudent. Pas forcément le même métier.

Les comptes sont bons, les nerfs moins tranquilles

Corentin Horeau n’aime visiblement pas laisser traîner ses affaires.

Les quelque 100 milles concédés hier à Boris Herrmann (Malizia 4) ? Récupérés, avec les intérêts !

Le skipper de MACSF mène en effet ce matin les IMOCA avec plus de 245 milles d’avance et affiche encore la meilleure vitesse de sa flotte. Une jolie opération après quelques séances de rodéo dont il se serait volontiers passé. « Hier, c’était la boucherie ! J’ai même sorti le casque. Le bateau se comportait bien, mais au bout d’un moment, j’ai calmé le jeu. » Car il y a eu ce départ au lof, le monocoque couché à 90 degrés.

« Dans ce type de situation, les alarmes sonnent de partout, tout se casse la figure. C’est toujours impressionnant, même si j’ai déjà vécu ça plusieurs fois. »

Ce vendredi, les conditions sont plus maniables, malgré un vent oscillant entre 16 et 22 nœuds qui oblige à rester attentif aux réglages.

Derrière, Sam Goodchild (MACIF Santé Prévoyance) poursuit sa remontée et s’est hissé à la troisième place, devant Francesca Clapcich (11th Hour Racing).

Quant au leader, il se garde bien de bomber le torse : il sait que l’Atlantique adore dégonfler les baudruches. « Avec une telle avance sur une transat classique, je dirais que ça devrait aller. Mais là, ce n’est pas une transat classique ! Il reste une dépression avec des orages. On ne sait jamais comment ça va se passer. » Les événements de la nuit ont donné une résonance particulière à ces mots.

Alors cinquième au pointage, Ambrogio Beccaria (Allagrande Mapei) a lourdement chuté dans son cockpit hier soir, alors qu’il naviguait dans une mer formée. Souffrant de fortes douleurs au dos, l’Italien a décidé, après consultation des médecins de la course, de mettre un terme à sa traversée. Il se déroute vers les Açores, où un suivi médical sera organisé à son arrivée.

Dans le voisinage des premiers monocoques de 60 pieds, les deux leaders de la catégorie Rhum Multi avancent eux aussi sur un terrain peu conciliant. Éric Péron (French Touch – Oceania Hôtels) en a fait l’expérience jeudi lorsque son lazy-bag s’est arraché dans la baston, provoquant des complications dans le gréement de son ORMA. Le mauvais temps a parfois la délicatesse d’un déménageur pressé. Et les réparations improvisées ne figurent jamais parmi les activités préférées des solitaires.

Aux Açores, le grand concours de patience

Chez les Class40, Guillaume Pirouelle (Sogestran – Seafrigo) occupe toujours le fauteuil du patron, mais Achille Nebout (Amarris) et plusieurs autres commencent sérieusement à lorgner l’accoudoir.

Parmi eux, Robin Follin (Solano), troisième, navigue ce matin à une trentaine de milles dans l’ouest de la petite île portugaise de Flores, sur un terrain de jeu plutôt ingrat.

Le vent a levé le pied. Les vagues, elles, n’ont visiblement pas reçu la consigne. « Ces dernières heures, j’ai eu jusqu’à 32 nœuds. Depuis, ça s’est bien calmé, mais la mer, c’est toujours un chantier ! Je pensais qu’elle allait s’assagir après le passage du front, sauf qu’il y a toujours un énorme clapot dans tous les sens. »

Pour avancer, il faut régler, observer, recommencer. Avec l’impression que la liste des tâches s’allonge plus vite qu’elle ne se vide. « J’ai la sensation qu’on a éteint le soleil depuis des jours ! Sur une course plus courte, je passerais mon temps dehors à peaufiner les réglages. Là, il faut jongler entre les changements de voiles et l’analyse des fichiers météo. C’est sans fin ! »

Et pourtant, pas l’ombre d’un marin débordé au bout du fil lors de la vacation. « Je suis très calme, je déroule tranquillement. Sur une transat, il y a de vrais choix stratégiques à faire et ça m’amuse bien. » À chacun sa définition du divertissement.

Pour Mathieu Claveau (Inherent – Phare 40), le casse-tête prend une dimension géographique. À quelque 550 milles au nord des leaders, il navigue toujours à la latitude de Saint-Malo, ou presque de Rimouski, de l’autre côté de l’Atlantique. Autant dire que les cocotiers ne sont pas encore à l’horizon.

« Pour un Méditerranéen attaché au soleil du sud, c’est assez paradoxal de se retrouver là ! » Sa « chevauchée du Dragon », comme il a baptisé le passage de la dépression par le nord, n’a rien d’une promenade. Plutôt que de suivre des routages l’exposant à plus de 50 nœuds et sept mètres de vagues, il a temporairement mis le classement entre parenthèses. Avec une équation particulièrement retorse à résoudre : « Il faut aller assez lentement pour laisser le gros de la dépression s’évacuer vers le sud, mais suffisamment vite pour ne pas se faire rattraper par les vents forts d’est. Bref, pas simple ! »

En Rhum Mono, Tanguy Caradec (Eurvad) se trouve, lui comme beaucoup d’autres, dans le cœur relativement calme du système. Un répit dont il compte profiter avant de ressortir la panoplie du gros temps. « Je vois des pointes à 37 ou 40 nœuds, heureusement pas 50 ou 60. On va faire le dos rond. Je prendrai mes trois ris et, si ça ne suffit pas, j’affalerai la grand-voile pour continuer sous J3. »

Chez d’autres, la prudence a déjà pris la forme d’une décision plus radicale. En Ocean Fifty, Erwan Le Draoulec (Lazare x Hellio), victime d’une luxation de l’épaule, est, ce matin, sur le point de rallier Horta, aux Açores, après avoir choisi, sur avis médical, de s’arrêter.

Même issue pour Vincent Riou, à bord du Class40 Pierreval – Fondation GoodPlanet : malgré les réparations effectuées à La Corogne, il a renoncé à reprendre la mer face aux conditions annoncées. Deux histoires différentes, une même évidence : il y a des moments où savoir renoncer, c’est aussi savoir se préserver.

Et l’Atlantique n’a pas encore rendu sa copie. Ce samedi, la dépression des Açores pourrait encore distribuer des rafales de 40 à 45 nœuds et des vagues de cinq mètres à une partie de la flotte, pendant que Tom Laperche tentera de se frayer un chemin dans les petits airs à l’approche de la Guadeloupe – il espère rallier Pointe-à-Pitre dans la soirée, heure de Paris.

Les uns rêvent de lever le pied, les autres d’appuyer sur l’accélérateur. Six catégories, autant de scénarios. Et un metteur en scène qui n’a décidément aucun sens de la mesure.

ULTIM : Tom Laperche (SVR-Lazartigue) mène devant Thomas Coville (Sodebo Ultim 3) et Louis Burton (Armand Thiery).

IMOCA : Corentin Horeau (MACSF) conserve la tête devant Boris Herrmann (Malizia 4) et Sam Goodchild (Macif Santé Prévoyance).

OCEAN FIFTY : Basile Bourgnon (Edenred) aux commandes devant Pierre Quiroga (WeWise) et Thibaut Vauchel-Camus (Solidaires en peloton by Delanchy)

CLASS40 : Guillaume Pirouelle (Sogestran Seafrigo) devant Achille Nebout (Amarris) et Robin Follin (Solano)

VINTAGE MONO : En tête Sidney Gavignet (Le Cigare Rouge). Kieran Le Borgne (Armor Lux – Le Finistère Assurance), 2ème devant Tanguy Caradec (Eurvad), 3ème.

VINTAGE MULTI : Damien Seguin (Arkéa – Handicap International) passe devant Éric Péron (French Touch Oceania Hotels). Gilles Lamiré, 3ème sur Groupe GCA.

OC SPORT Pen Duick

OC Sport Pen Duick est la filiale française du groupe OC Sport en charge des événements de course au large. Créé pour gérer les campagnes sportives d’Eric Tabarly, d’une part, et Dame Ellen MacArthur de l’autre, figures emblématiques du sport international, le groupe perpétue fidèlement l’esprit et les valeurs qui animaient ces pionniers fondateurs : vivre et partager des expériences uniques avec le public, les sportifs et les partenaires. Historiquement engagé dans la course au large, le groupe a développé une expertise unique dans la voile professionnelle en s’appuyant sur un double savoir-faire dans la gestion d’équipes et l’organisation des courses les plus prestigieuses (Route du Rhum – Destination Guadeloupe, The Transat CIC, La Solitaire du Figaro Paprec, la Transat Paprec, L’Arkea Ultim Challenge – Brest…).

OC Sport est une société du Groupe Advenn.

Article rédigé à partir d’un communiqué de presse

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